« Avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais » 

Jean-Luc Mélenchon assure devant la commission d’enquête sur les liens entre mouvements politiques et l’islamisme que LFI « n’acceptera jamais l’entrisme religieux ». Mais dans le Nord, la démission de Cédric Brun raconte l’inverse : un élu qui quitte le mouvement en dénonçant l’arrivée de profils qu’il juge proches des Frères musulmans et des pressions pour les intégrer aux futures listes municipales. Officiellement, LFI se pose en rempart laïque ; localement, des militants décrivent un parti qui ferme les yeux sur des alliances communautaires dès lors qu’elles sécurisent un électorat clé, notamment musulman. Ce grand écart alimente une contradiction centrale : la direction parle de fantasmes agités par la droite, tandis que sa propre base décrit une réalité d’entrisme qu’elle ne parvient plus à faire entendre.

Cela rappelle le souvenir de Chris Harman, trotskiste britannique qui, dès 1994, prônait l’alliance stratégique de la gauche révolutionnaire et de la mouvance islamiste, dans son ouvrage Le Prophète et le Prolétariat. Livrons-en ici la logique sous forme d’extraits choisis : Si « les islamistes ne sont pas nos alliés, dit Harman, les socialistes révolutionnaires ne peuvent appor­ter leur soutien à l’État contre les islamistes. […] Cela ne veut pas dire que nous pouvons pour autant prendre une position abstentionniste, indifférente à l’égard des islamistes. […] Leurs sentiments de révolte pourraient être canalisés vers des objectifs progressistes, si une direction leur était offerte par une montée des luttes ouvrières.  […] Là où les islamistes sont dans l’opposition, notre règle de conduite doit être : “avec les islamistes parfois, avec l’État jamais” ». Faut-il rappeler qu’aucun mouvement, fut-il révolutionnaire, n’est jamais ressorti vainqueur et sans dommage d’une alliance avec l’islamisme politique ?