Pour la première fois depuis près d’un demi-siècle, la France s’apprête à devenir importatrice nette de produits agricoles. La balance agroalimentaire, longtemps excédentaire, se dégrade au point que le pays qui se présentait comme la puissance agricole de l’Europe, importe désormais une part croissante de son alimentation courante (fruits, légumes, volailles, protéines végétales), tout en conservant des excédents concentrés sur quelques segments à forte valeur ajoutée (vins, spiritueux, certains produits transformés). Ce basculement n’est pas uniquement conjoncturel : il signale l’affaiblissement structurel de l’appareil productif français et la montée d’une dépendance alimentaire partielle.
Les conséquences européennes sont directes. Si la France reste un producteur majeur, son statut de pilier incontesté de la sécurité alimentaire de l’UE est fragilisé. Un pays qui dépend davantage des importations pour nourrir sa population dispose de moins de légitimité lorsqu’il se pose en défenseur de la « souveraineté alimentaire européenne ». Dans les négociations commerciales et dans les arbitrages de la PAC, la capacité française à entraîner ses partenaires se réduit, tandis que d’autres États membres – Espagne, Pays-Bas, Italie, Pologne – peuvent faire valoir des performances productives et exportatrices au moins équivalentes. Le passage à une position importatrice n’est donc pas seulement un signal économique : c’est un marqueur de repositionnement relatif de la France dans le rapport de force agricole européen.