Leçons sur la volonté de ne pas savoir

Alors même que les actes antisémites se multiplient dans le supérieur – exclusion d’étudiants juifs d’un groupe Instagram de L1 économie à Paris-I ; sondage WhatsApp « Les juifs, pour ou contre ? » ; saisie du procureur et engagement d’une procédure disciplinaire par l’université Panthéon-Sorbonne – la principale enquête nationale destinée à mesurer ce phénomène dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche a été stoppée net. Commandée par le ministère au Cevipof, administrée par l’Ifop puis Ipsos, elle devait documenter les perceptions et expériences de l’antisémitisme chez les personnels et les étudiants, dans un contexte de montée inédite des actes antijuifs depuis le 7 octobre 2023.

Sous la pression d’une coalition de syndicats, d’associations et de responsables politiques, certains présidents d’université ont refusé de relayer le questionnaire, brandissant le risque de « fichage » alors que la méthodologie reprenait des standards éprouvés en sciences sociales. Le Cevipof a finalement interrompu l’étude, reconnaissant que les « conditions de sérénité » n’étaient plus réunies. Ce renoncement est plus qu’un incident : il signifie qu’au moment précis où des étudiants juifs sont insultés, exclus, ciblés, l’institution universitaire accepte qu’une campagne militante fasse taire l’outil même qui permettrait de mesurer et de comprendre ces dérives. Mais il existe, semble-t-il, une volonté de ne pas savoir : que dit-elle de nos universités, supposés temples de la connaissance, de notre rapport à la connaissance, et, en définitive, de nous ?